Le père Noël est une ordure - la pièce.Connaissant le film sur le bout des doigts depuis l'âge de 12 ans ou je me suis rendu compte que le cinéma ne se compose pas uniquement des films de Louis de Funès et de Walt Disney... en découvrant le père Noël ! Arrivé à plus d'une dizaine de visions du Cultissime film des jeunes talents inconnus (à l'époque) du Splendid, j'alignais les répliques à la cour de récré avec mon meilleur pote. Plus aucune scène n'avait de secret pour moi, et la bande magnétique de ma vieille VHS était quasiment en lambeaux.
Autant dire que mes attentes par rapport à la pièce de théatre étaient un mélange d'intérêt de voir ce classique d'un autre regard et d'appréhension par rapport aux caractéristiques intrinsèques du théatre filmé.
Le résultat fût loin d'être décevant, même si la comparaison avec le film est définitivement à l'avantage de ce dernier. Principalement à mon avis par le fait que les acteurs étaient arrivés lors du tournage du film à un degré de maîtrise et du texte et de leur jeu qui s'approchait pour la plupart d'entre eux de la perfection. Mais aussi par les procédés narratifs typiques du cinéma qui mettent en exergue le scénario et lui donnent une consistance qui tend à faire paraître artificiel les caractéristiques de jeu et de mise en scène propres au théatre.
Cependant, la pièce de théatre a pour elle la fraicheur et l'instantanéité, qui rajoute une dimension toute nouvelle à l'histoire. Qu'il s'agisse des fous-rires ou des répliques improvisées.
Un grand classique à revisiter dans la version telle qu'il était avant même sa naissance... C'est celààààààà, oui !
The Godfather.S'attaquer à ce monument était pour moi un pas difficile à franchir vu le nombre d'amis cinéphiles à qui j'expliquais que je ne l'avais jamais vu et qui me regardaient ensuite comme si j'étais un imposteur en m'étant présenté à eux en tant que cinéphile. Devais-je cultiver cette différence ? Rester à tout jamais le cinéphile s'enorgueillant d'avoir vu plusieurs fois les grands classiques, mais ne s'abaissant pas à mettre sur un piedestal ce qui est encensé par tous les autres ? Le réactionnaire qui par principe prend le contrepied de la tendance générale ?
La stupidité de cette posture étant bien entendu indéfendable, j'ai bondi sur le coffret "collector" à 29 EUR reprenant les 3 films de la série ainsi qu'un DVD supplémentaire de bonus dès que je l'ai vu à la FNAC.

J'ai entamé le 1er le soir même où j'ai terminé la saison 5 des Sopranos. Autant dire que je nageais en pleine ambiance mafieuse... Et les points de comparaison qui sont plus que légion entre les deux approches du même monde mettent en évidence les liens de filiation entre ces deux oeuvres. Evidemment, et vu son statut, le Parrain a dû influencer la totalité des films mafieux tournés depuis la sortie du premier épisode.

Pourquoi ? Et bien tout simplement ce film est excellent. Il m'a fait penser tout le long à "Once upon a time in America", de par son souffle épique, la qualité du jeu de ses protagonistes, le scénario bien construit et sa réalisation exceptionelle. Le classisisme de l'oeuvre est servi à merveille par tous ces éléments qui s'accordent ensemble pour faire fonctionner la machine sans accroc et sans défaut. Un grand coup de chapeau à tout ceux qui ont mis au monde cette oeuvre magistrale.

Mention toute spéciale à Marlon Brando, que j'ai trouvé légèrement cabotin au début, mais si merveilleux par la suite. Il marque véritablement de sa présence le film malgré le temps réduit consacré à son personnage. Un véritable grand moment de cinéma, un classique même si je ne me lancerai pas dans le débat de savoir si ce film doit ou non être N°1 au top 250 d'IMDB :-)
The Sopranos - Saison 5.Quelle jubilation de retourner dans l'univers si particulier de Tony Soprano, le gangster "bon père de famille" qui se repose sur sa psychologue pour ne pas sombrer dans la folie et évacuer ses angoisses héritées de sa mère... Les 4 premières saisons de la famille particulière de Tony Soprano m'avaient conquis par leur ton, la densité du récit et la réalisation classique mais servant particulièrement bien l'histoire.

Cette 5ème saison voit un nouveau membre se rajouter à la famille Soprano, le cousin Tony Blundetto, qui déjà en culottes courtes était le compagnon d'armes / souffre douleur de Tony S. Le rôle de Tony Blundetto a été confié à la meilleure tête de gangster looser du cinéma américain : Steve Buscemi (No offence pour lui et tout mon respect à ce grand acteur), qui s'intègre sans problème au décor et éclabousse de sa présence quasiment toute la saison 5. Thumbs up et pour son rôle et pour l'épisode qu'il réalise.

Sans rentrer dans les détails, la saison 5 nous montre comment les cartes sont redistribuées chez les voisins "mafieux" de Tony, à New-York et comment cette lutte de pouvoir vient troubler la routine quotidienne de ceux du New-Jersey. A côté de ce fil rouge, les efforts redoublés des fédéraux pour obtenir de quoi couler Tony portent certains effets dont un était en ce qui me concerne, particulièrment inattendu, même si foncièrement logique (j'en ai déjà trop dit). Le couple que Tony forme avec Carmela prend également une toute nouvelle dimension tandis que les enfants suivent chacun leur voie et grandissent.

J'ai retrouvé dans cette saison 5 tout ce qui a fait mon bonheur au long des 4 saisons précédentes et même un peu plus. Action, densité du récit, bonne réalisation et photographie intéressante, idées scénaristiques originales et allégories amusantes.

Sans oublier les touches d'humour noir et les fabuleuses répliques d'anthologie faites d'une utilisation récurrente du fameux "f-word" ou de "Stick-it up your a$$".
Miller's CrossingEncore un film des percutants frères Coen. De leur univers de second degré teinté de réalisme sortent des films cachetés, trempés et typés. Après les avoir découverts avec Barton Fink, appréciés avec The Big Lebowski, adoré avec The Hudsucker Proxy, j'étais resté moyennement convaincu de "Oh Brother"... Jusqu'à la redécouverte avec Fargo (commenté plus bas), qui m'a donné envie de continuer la découverte de leur Amérique "profonde" et de ses parts d'ombre.
Le décor est cette fois-ci planté dans l'Amérique du début du siècle, celle des gangsters qui s'affrontent à la Thompson, des voitures à marchepied très pratique pour utiliser la-dite Thompson et celle des luttes de pouvoir criminel entre les mafieux italiens d'un côté et les irlandais de l'autre. L'histoire se situe donc dans cette Amérique violente où la police corrompue offre sa protection au plus offrant et ferme les yeux sur les activités illicites jusqu'à ce qu'un nouveau caïd en décide autrement.

Ce monde cruel est violent nous est montré par le petit bout de la lorgnette, à travers les péripéties d'un porte-flingue irlandais, chargé également du rôle diplomatique d'aplanir les conflits entre les deux factions.

Cinématographiquement, on assiste comme d'habitude chez les Coen à une maitrise sans reproche de la caméra, de la photographie et un sens du détail de la mise en scène qui éveille régulièrement l'esprit et balance son trait d'humour au second degré. Le scénario est bien entendu à la hauteur de cette maestria technique et nous emmène de surprise en retournement de situation. Le côté monolithique et caricatural des personnages sur lequel s'appuie la réalisation typique des Coen est encore amplifié par le jeu des acteurs, admirablement constants et jusqu'au boutistes. Tout cela sert magnifiquement bien l'histoire et la boucle est bouclée.
Encore un sans faute ! A quand le prochain ?!?
Les poupées russes.Au début de ce film, j'ai tenté de me souvenir de ce qu'il s'était passé dans l'auberge espagnole, dont lequel "Les poupées russes" est censé être la suite. Pas moyen de revenir sur ce dont parlait ce film, ce qu'il s'y passait et ce que j'en avais retenu.
Après deux heures, j'ai eu la même impression pour ces poupées russes. La mise en scène m'a paru décousue et la cohérence du scénario en a pâtit. Avec pour résultat une impression de longueurs au cours du récit. C'est dommage car le film est plutôt sympa, truffé de scènes de vie très agréables et amusantes d'une bande de trentenaires.

Ce qui m'a plu, ce sont donc les anecdotes et le jeu des acteurs, particulièrement Romain Duris et la jeune anglaise qui joue Wendy (Kelly Reilly). Quelques unes des figures de style du réalisateur étaient également bien trouvées et bien tapées, même si l'une ou l'autre sentait déjà fortement le vu et revu.

Pour résumer mon opinion, comme le disait ma compagne, ce film est trop long. Une sérieuse coupe dans le scénario aurait rajouté pas mal de densité et augmenté le rythme d'un cran qui aurait suffit pour en faire un vrai petit bijou de comédie de caractère.
Ed Wood.Pour me remonter le moral après la soupe sans sel de "War of the Worlds", je me suis lancé dans ce superbe film de Tim Burton, qui raconte en noir et blanc la vie du plus mauvais réalisateur de cinéma de tous les temps.
Je partais avec un à-priori positif sur le film, étant d'habitude sous le charme du cinéma de Burton et plutôt emballé par la biographie du cinéaste sus-mentionné. Mon à-priori s'est vite fait confirmer par la qualité du film que j'avais sous les yeux.

Je ne vais pas faire une éloge de plus sur Johnny Depp et sur sa capacité incroyable à jouer toute sorte de rôles avec un talent plus que naturel. Cependant il la mériterait. Il joue le rôle d'un homme passionné, prêt à tout pour réaliser son rêve : réaliser.
L'histoire de ce Don Quijote du cinéma holywoodien qui se bat contre les moulins à vent des grands studios à coup de fantasmes et de méthode Coué est à plus d'un titre savoureuse. Elle montre comment la volonté d'un homme mal entouré, mal conseillé, n'écoutant que lui, de réaliser son rêve peut le conduire à accepter les plus désastreux compromis. Y compris celui de berner et de détourner de leurs objectifs les gens qui l'entourent afin qu'il puisse atteindre son Graal.

Elle met également en relief le côté obscur du rêve holywoodien, avec nottament une démonstration magnifique de comment les idoles d'hier deviennent les rebuts d'aujourd'hui en la personne de Bela 'Dracula' Lugosi. Mais aussi à travers les approximations et autres grossières erreurs qu'Ed est obligé d'accepter afin de respecter sa (très basse) limite budgétaire.

Cinématographiquemen, Ed Wood est un film classique sous tout points de vue, la seule originalité que Burton s'accorde étant de tourner en noir & blanc. Pas de prouesse ici donc, ni de grand écart ou de figure de style... Peut-être afin d'opposer à la démence Woodienne la voix de la raison cinématographique.
C'est peut-être le seul reproche que je ferais au film, mais qui permet de restituer une ambiance glauque et terre-à-terre qui cadre bien avec le sujet - c'est juste que ça aurait pu contenir un peu plus de fantaisie pour moi, mais je suis sans doute très difficile...
Un film à conseiller donc à tout ceux qui aiment voir l'envers du décor.
De battre mon coeur s'est arrêté.Voilà un bon film français pur tête de veau sauce gribiche. J'ai bien apprécié le rythme du film, ses non-dits, ses sous-entendus. Finalement j'étais en plein dans les sensations de la vie réelle. Ce film est construit comme une succession de tranches de vie, sans nécessaire lien de causalité, et c'est ce qui fait son charme à mes yeux. On ne se perd pas dans les explications sans fin et les prises de tête. On est là, c'est tout et c'est bien.

L'histoire de cette crapule qui veut devenir pianiste m'a au premier abord apparu comme une fable sur la rédemption. Le héros en a gros sur la patate, souffre de la vie qu'il mène et cherche une porte de sortie à l'ambiance glauque dans laquelle il est plongé en permanence. Sa rédemption lui viendra - pense-t-il - de la musique, art aspirationel sur lequel il va construire sa vie future et ses prospectives échappatoires. La fin du film nous apprendra que sa rédemption n'est qu'illusoire et qu'il reste une crapule prêt à n'importe quoi pour satisfaire les objectifs qu'il estime légitimes.

J'ai eu cependant un second niveau de lecture dans ce film, suite à la lecture d'un compte-rendu. En fait, notre sympathique héros n'a qu'une seule ambition dans sa vie et c'est de résoudre son complexe d'Oedipe. Après l'identification vient le meurtre et ensuite la fusion avec la mère.

Tout cela est bien entendu pur sujet à interprétation, mais malgré tout ; attention ici on est bel et bien dans du cinéma français. C'est d'ailleurs amusant comme la forme importe moins que le fond, comme une marque de fabrique, un moule des manufactures de Saint-Etienne. Pour un amateur de forme tel que votre serviteur, évidemment, il y a aussi peu d'imagerie ou de graphisme "jouissif" que de prouesses de mise en scène. Ca reste du très réaliste qui rend compte de l'ambiance enfumée des troquets parisiens. Et c'est ça qui fait que c'est très loin d'être un mauvais film, d'autant qu'il est excellement bien joué.