Bienvenue chez les Ch'tis.LE succès de l'année du cinéma français... Voyez plutôt : largement plus de 20 millions d'entrées, plus de 6 mois à l'affiche, 2 millions de DVD vont innonder le marché au lancement dès début novembre. Alors pourquoi un tel succès ? Il faut dire que le succès de foule est inédit pour une comédie française depuis "La Grande Vadrouille", autant dire Mathusalem... Les raisons sont pourtant à mon avis fort simples pour une recette qui marche : des accents à trancher au couteau, des petits gars qui ont souffert de la crise mais qui sont restés simples et chaleureux, des stéréotypes qui sont transformés en gentilles qualités.

Les situations comiques font effectivement souvent mouche, et les personnages joués par Dany Boon et Kad Merad forment un tandem comique dans la grande lignée des comiques français à la De Funès-Bourvil, Pierre Richard - Gérard Depardieu. Et ils les égalent largement dans le déclenchement de fou-rires. Car effectivement ce film est drôle - très drôle - et marque des points au rayon du comique.

Les autres acteurs sont également à niveau même s'il est vrai que les prouesses qu'on leur demande n'ont rien de bien exceptionnel et que ce qui fait le plus le charme de ce film c'est cet espèce de Nord fantasmé, sympathique, accueillant - oserais-je le mot : caricaturé... Car c'est bien là que se situe le point faible de ce film : un espèce de Rabbi Jacob où l'on rigole autant car les clichés et préjugés que les français ont sur le Nord sont confortés. C'est fondamentalement un film rassurant.

Rassurant et phénomène de société, "Bienvenue chez les chti's" aura marqué son époque et laissera des traces encore des années, à l'instar des "Visiteurs" il y a quelques années. Cela n'en fait pas un grand film à aucun point de vue, mais certainement constitue une preuve que le but du film a été réglé.

HEIN BILOUTE ?!?
A Scanner Darkly.Ce qui m'a avant tout attiré dans "A scanner darkly" est qu'il est adapté d'une toute grande nouvelle d'un auteur de science-fiction qui m'est particulièrement cher : Philip K. Dick. Ce film est tiré du roman "Substance Mort" qui traite, comme bon nombre de livres de Dick, de la distorsion de la réalité et des problèmes de la distinguer de la perception, ainsi que de la réalité de l'identité. Ces thèmes récurrents de l'oeuvre de Dick se mêlent ici avec une enquête policière sur un trafiquant de drogue, la substance mort. Le policier se perd entre sa couverture au profit de son travail et son addiction réelle ou rêvée à la drogue qu'il pourchasse.

Rien n'est simple dans un scénario adapté d'une nouvelle de Dick, et pourtant bon nombre de ces livres ont déjà inspirés des films. Entre Blade Runner et Scanner Darkly, on notera tout particulièrement Total Recall et Minority Report qui ont tous deux connu un certain succès. Scanner Darkly n'échappe pas à la règle et n'est donc pas évident à suivre d'un point de vue narratif.

Mais la plus grande innovation de ce film est bien entendu la technique avec laquelle il a été tourné : le rotoscope, qui utilise des plans filmés et les retravaille en animation. Le résultat surprenant ne fait pas qu'en faire un film d'animation, il trouble la réalité de la même manière que la substance M trouble les esprits de ceux qui en consomment.

Ceci donne évidemment des chiffres étonnants. Alors que le tournage dura 23 jours, l'animation prit plus de 18 mois avec une cinquantaine d'animateurs sur le pont au pic du travail. Les acteurs (Keanu Reeves, Robert Downey Jr, Winona Ryder ...) ne sont pas toujours reconnaissables mais toujours dans le ton et dans l'histoire.

A regarder avec un esprit ouvert et en laissant au placard quelques préjugés. Un trip en soi à vrai dire.